19 septembre, 2017

L'institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille, c'est fini ! Le nouvel Institut voulu par le pape François est dans la ligne d'“Amoris laetitia”

C'est ainsi, du moins, qu'il se présente, à la fois dans le préambule du Motu proprio Summa familiae cura et dans la présentation qu'en a faite Mgr Vincenzo Paglia. Mon analyse est par ici.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



15 septembre, 2017

Le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum : interventions du cardinal Müller et de Mgr Pozzo



La première journée des célébrations marquant le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum a été consacrée à un colloque de l'association italienne lancée à l’initiative du père dominicain Vincenzo Nuara, Giovani e Tradizione, sur le thème « Une jeunesse renouvelée pour toute l’Eglise ».

Une première impression ? Dans le grand amphithéâtre de l’université dominicaine de l’Angelicum, le premier rang rappelait en quelque sorte visuellement le rôle joué par la France dans la lutte pour le maintien de l’usus antiquior,  le rite traditionnel latin aujourd’hui appelée « forme extraordinaire ». Si trois cardinaux – et c’est important en soi – avaient les places d’honneur, de part et d’autre, entourant également Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontificale Ecclesia Dei, la présence des responsables des différents instituts, communautés, sociétés sacerdotales  faisaient preuve de l’identité française de la majorité d’entre eux.

Ce sont les « historiques » – pas la Fraternité Saint Pie X et ses nombreuses communautés amies, qu’il serait indécent de ne pas nommer, mais qui n’avaient pas de raison directe d’être présents : la Fraternité Saint-Pierre avec l’abbé Berg, l’Institut du Christ Roi avec Mgr Wach, l’abbaye du Barroux avec dom Louis-Marien son père Abbé (et Sainte Marie de la Garde), les dominicains de Chéméré – la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier est présente en force, autour de son supérieur le P. Dominique-Marie de Saint-Laumer –, dom Pateau pour l’abbaye de Fontgombault, la Fraternité Saint-Thomas-Becket, les chanoines de la Mère de Dieu de Lagrasse et j’en oublie. Egalement les Dominicaines du Saint-Esprit, institut qui, fidèle aux orientations de son fondateur le P. Berto, a toujours conservé la messe traditionnelle.

Le cardinal Burke a suivi l’ensemble des travaux : il prendra la parole plus tard au cours de ces journées. Le cardinal Müller, récemment et soudainement renvoyé de la Congrégation pour la Doctrine de la foi dont il était le préfet, était là le matin, prenant la parole pour une intervention remarquée. Le cardinal Sarah, présent lui aussi pendant l’ensemble des conférences, préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements – à ce titre, sa participation était hautement significative – s’est exprimé pour sa part sur le silence dans la liturgie.

Du cardinal Gerhard Müller, on retiendra qu’il a d’emblée évoqué les « bénéfices apportés à l’Eglise » grâce au Motu proprio : « Pour cela nous sommes infiniment reconnaissants à Benoît XVI », a-t-il déclaré. Le thème central de son intervention : montrer que la liturgie est source de doctrine – Lex orandi, lex credendi. Ce caractère normatif implique évidemment la nécessité d’une rectitude doctrinale de l’ensemble des célébrations liturgiques dans le monde. Implique ou plutôt exige… 

Contrairement à la Gnose qui prétend transmettre la connaissance à une élite, l’Eglise expose sa foi dans sa liturgie publique et sa liturgie développe la compréhension de la foi, a en substance expliqué le cardinal Müller, donnant l’exemple de la formule du baptême qui explicite le dogme de la Trinité. Il s’agit de découvrir ce qui est vrai : « La théologie n’est pas une construction théorique de la réalité », a insisté le cardinal en ajoutant que ni le sola fide, ni le sola Scriptura ne peuvent satisfaire le catholique, ni la conception luthérienne de la messe qui « élimine idée du sacrifice ». Pas plus qu’on ne peut donner une priorité à la « praxis » : le rôle de la théologie pratique est de « mettre en avant et de décrire les éléments constitutifs de la vie et de la foi de l’Eglise », y compris dans la liturgie, «  source et sommet de la vie de l’Eglise ».

A ce titre, a insisté le cardinal, « la loi de la prière doit stabiliser la foi » dans l’ensemble du monde. Récusant tout paléochristianisme « cher aux théologiens libéraux du XIXe siècle », le cardinal a longuement insisté sur la nécessité de la rectitude doctrinale de la liturgie qui s’appuie sur l'ensemble de la tradition: « La Parole et l’Esprit de la révélation sont toujours  contenus dans la liturgie qui  l'exprime de manière objective, telle qu’exprimée par le magistère de l’Eglise de manière définitive. » A ce titre, devait-il rappeler, l’exactitude des traductions est très importante.

 « L’écroulement de la liturgie » évoquée par Benoît XVI a entraîné l’écroulement de la foi, a conclu le cardinal, disant son espérance que « la liturgie grégorienne continue de redonner de la jeunesse à l’Eglise. »

Ces propos faisaient écho à ceux de Mgr Guido Pozzo qui a ouvert ses propos en rappelant que Summorum pontificum n’avait pas été une simple « concession aux traditionalistes » : ce serait « réducteur et insuffisant de s’arrêter à ce type d’affirmation ». Comme les autres ecclésiastiques qui ont pris la parole jeudi, il a insisté sur le rôle de « réconciliation au sein de l’Eglise » qu'a voulu opérer le pape Benoît XVI.

Pour lui le bilan est « en grande partie positif : la méfiance réciproque s’est progressivement réduite, surtout en France et aux Etats-Unis ». Il a également  salué « l’enthousiasme apostolique des Instituts » attachés aux rites traditionnels en donnant des exemples de développement du nombre de messes de formes extraordinaires dans des pays comme la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Italie.

 « Mais cela ne signifie pas que tous les problèmes sont résolus », a-t-il reconnu. En certains lieux c’est le manque de prêtres qui l'explique, mais il n’a pas nié l’existence de « préjugés de caractère idéologique ou pastoral de la part des évêques » qui parfois reculent devant des groupes qu’ils jugent comme isolés par rapport à la vie pastorale locale. « Mais cet isolement n’est pas nécessairement lié à l’ancien rite mais à des raisons que chaque diocèse devrait examiner », a noté Mgr Pozzo.

Celui-ci a encore souligné la sacralité du rite traditionnel qui attire tant de jeunes, et sur sa capacité à servir d’«  antidote contre l’arbitraire créativité et les éléments qui conduisent à oublier la nature sacrificielle de la messe au nom de l’accessibilité du sacrement ».

Pour lui, donc, la messe traditionnelle n’est pas un « perturbateur ou une menace pour l’unité de l’Eglise mais un don » –  voire une sorte de garantie.

Idée que l’on a entendue de la part de plusieurs orateurs ecclésiastiques lors du colloque – en cela ils n’étaient pas rejoints par les orateurs laïques – : « On ne peut exclure une convergence vers une forme unique du rite romain » au moyen d’une « croissance » dans l’Eglise tout entière «  et non d’une imposition bureaucratique ». Il appelle en quelque sorte de ses vœux une « fécondation des deux formes » du rite latin « sur le socle de la tradition de l’Eglise ».

C’est le refus d’une « opposition irréductible entre le monde pré-conciliaire et le monde post-conciliaire » mais aussi d’une liturgie dont la « communauté » deviendrait le « véritable sujet ».

Renvoyant au catéchisme de l’Eglise catholique en son numéro 1069, Mgr Pozzo a tenu à rappeler que « la liturgie n’est pas faite pour le plaisir des prêtres…  toute œuvre liturgique est Opera Christi ». Il s’agit selon lui de lutter contre l’autoréférentialité des chrétiens – un clin d’œil au vocabulaire du pape François pour rappeler que ce qui compte, ce sont les « catégories christologiques du peuple, corps du Christ ».

Ainsi, selon Mgr Pozzo, dans la liturgie, le « silence, les génuflexions, la référence, l’infinie distance qui sépare la Terre du Ciel » sont essentielles. Il a même suggéré  que cette manière de célébrer –  que l'on retrouve évidemment de manière privilégiée dans la forme extraordinaire – « oppose une nouvelle barrière à la sécularisation » du monde et à « l’humanisme anti-chrétien de notre siècle. « Célébrer dans le rite antique, c’est garder l’espérance dans l’Eglise. »

Il a a conclu en insistant sur le fait que ce n’est pas la « nostalgie du passé » qui mobilise les fidèles attachés à la forme extraordinaire mais « l’orientation des âmes vers ce qui est pérenne et toujours actuel » : ainsi « les jeunes prêtres sont intéressés » par la célébration du rite traditionnel.

« Les difficultés ne doivent pas surprendre », a ajouté Mgr Pozzo qui voit leur source dans une certaine manière de comprendre Vatican II selon la « Vulgate » d’une discontinuité avec la tradition. Il estime que l’usus antiquior  est « un trésor à garder et à transmettre sans référence idéologique d’où que ce soit ».


Trois cardinaux ont assisté à la journée de conférences :
Leurs Eminences cardinal Burke, cardinal Müller et cardinal Sarah

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



Le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum à Rome

Très belle journée aujourd'hui à Rome où l'on fête triplement le 10e anniversaire du Motu proprio Summorum Pontificum qui a libéré, grâce à cet acte de Benoît XVI, la célébration de la messe selon le missel de 1962, le rite tridentin. Triplement parce que l'association italienne Giovani e Tradizione a organisé aujourd'hui un colloque à l'université dominicaine de l'Angelicum, parce que l'association internationale Populus Summorum Pontificum organise plusieurs événements liturgiques d'ici à dimanche, et qu'Una Voce tient sa rencontre annuelle, avec une conférence publique du le cardinal Burke samedi.

Je peux d'ores et déjà vous dire que le colloque était passionnant, encourageant, réconfortant en raison de la présence des trois cardinaux Müller, Sarah et Burke, et d'une multitude de religieux, religieuses, de clercs, de prêtres, de monsignores, ainsi que de très nombreux laïques. Je vous tiendrai bien sûr informés et compte donner davantage d'informations sur cette journée demain, alors restez à l'écoute !

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



Quelques articles récents

Je vous invite à découvrir quelques articles récemment publiés sur le pape François est sur la mort du cardinal Caffarra :

• Sur le pape François et sa conférence de presse de retour de Colombie, où il a exprimé en termes assez violents sa condamnation de ceux qui nient le réchauffement du climat par l’action de l’homme et il a une nouvelle fois fais l’amalgame entre la défense de la vie et celle des migrants.

• Dubia : la mort du cardinal Caffarra et la mission qu’il laisse aux catholiques –défendre l'église et la vérité dans la grave crise qu'elle traverse à cause d'Amoris laetitia.
• Mgr HectorAguer de la Plata en Argentine a publié un décret sur la réception de l'eucharistie pour mettre fin à certains « abus intolérables ».
Clic ici.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



-->

06 septembre, 2017

Le cardinal Caffarra est mort ce matin

Le cardinal Caffarra en mai dernier
Il avait 79 ans. L'archevêque émérite de Bologne, a expliqué son entourage, était attendu ce matin mais n'est pas venu à son rendez-vous. Il était malade depuis longtemps.

Le cardinal Carlo Caffarra fait partie des quatre signataires des « Dubia » adressés au pape à propos de l'exhortation Amoris laetitia. Après le décès du cardinal Meisner il y a quelques mois, il ne reste plus que le cardinal Burke et le cardinal Brandmüller. Ils portent désormais seuls la lourde charge de la « correction » des propos problématiques du texte post-synodal.

Nommé cardinal par le pape Benoît XVI en 2006, le cardinal Caffarra était un très proche de Saint Jean-Paul II, chargé de la fondation de l'Institut pontifical pour le mariage et la famille. L'orientation actuelle de cet institut a dû lui causer grand-peine puisque son actuel directeur, Mgr Vincenzo Paglia, a maintes fois tenu des positions éloignées de la doctrine catholique sur le mariage.

Le cardinal Caffarra ne sera pas mort sans avoir eu le temps de confirmer, de vive voix, la teneur de la lettre que lui avait envoyée sœur Lucie de Fatima sur la dernière bataille de Satan qui serait livrée autour de la famille et du mariage. Je l'ai entendu rendre ce témoignage lors du dernier Rome Life Forum à Rome en mai.

Qu'il repose en paix, que Dieu l'accueille très vite dans son paradis en tant que fidèle serviteur et qu'il soit un intercesseur pour l'Eglise en ces temps de tribulations.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



08 août, 2017

Charlie Gard a ouvert les yeux et regardé ses parents au moment de mourir

-->

Mais son affaire va déboucher sur un nouvel eugénisme

Charlie Gard a ouvert les yeux et regardé ses parents au moment de mourir : c’est la confidence déchirante faite par Chris Gard et Connie Yates dans une interview publiée par le Daily Mail de Londres. Et l’on apprend aussi que le bébé – courageux petit soldat jusqu’au bout – a mis 12 minutes à mourir depuis l’instant où sa ventilation a été stoppée. Douze longues minutes où son cœur a continué de battre, alors qu’il mourait techniquement, de suffocation. Il n’a pas bénéficié d’une mort naturelle au terme de sa vie, entouré des soins palliatifs dont il pouvait avoir besoin pour éviter de souffrir. On a décidé pour lui de l’heure de sa mort.

Dans cette affaire en effet, je n’ai pas souvenir qu’on ait parlé de son espérance de vie naturelle. Atteint d’une grave maladie génétique orpheline, un syndrome de déplétion de l’ADN mitochondrial, son état n’a cessé de se dégrader depuis le premier diagnostic posé lorsqu’il avait 3 mois. Si – contrairement à ce qu’avait affirmé le corps médical – Charlie ne souffrait pas de lésions cérébrales graves et irréversibles, l’état de ses muscles était, lui, en régression, de telle sorte qu’il n’était même plus possible de lui appliquer le traitement expérimental que désiraient pour lui ses parents.
Ce qui semble indiquer que, ses muscles se dégradant progressivement, il serait mort naturellement dans un avenir prévisible. On a pu lire ici ou là que sa résistance – Charlie avait près d’un an lorsqu’il a été… tué – était exceptionnelle. On n’a pas d’exemple de nouveau-né survivant aussi longtemps avec ce syndrome.

Charlie Gard a regardé ses parents


C’est ce qu’il faut avoir présent à l’esprit dans l’affaire Charlie Gard : si le cas peut se présenter sans doute où une ventilation artificielle installée en fin de vie peut être considérée comme un « soin extraordinaire », et que causant des souffrances démesurées, elle peut légitimement être débranchée, il n’en allait pas ainsi pour Charlie dont rien ne permettait de dire ni qu’il souffrait atrocement ni qu’il était à l’article de la mort.

En cette occurrence, ce sont les parents de Charlie qui, las, épuisés par les pressions de ceux qui leur reprochaient de prolonger inutilement ce qui n’était pourtant pas une agonie, ont accepté le principe du débranchement lorsqu’ils ont appris que l’état des muscles de leur enfant s’était dégradé. Objectivement ils ont consenti à la mort prématurée du bébé, même s’il est humainement compréhensible qu’ils se soient trouvés démunis à l’issue d’une éreintante suite de batailles judiciaires et neuf mois aux côtés de Charlie. Batailles qu’ils n’ont pas recherchées et pour lesquelles ils n’étaient pas armés : c’est lorsqu’ils ont refusé le principe du débranchement, à l’automne dernier, qu’ils ont eu la surprise d’être convoqués devant le juge par les autorités du Great Ormond Street Hospital (GOSH). Au fil des mois ils allaient apprendre que les parents n’ont aucun droit vis-à-vis de leur enfant lorsque le corps médical, l’administration et la justice en ont décidé autrement.
Il s’agit là d’un scandale terrible, l’ouverture d’un véritable droit d’euthanasier pour les autorités publiques.

Le récit poignant que font ses parents de sa mort pose quelques questions. Ainsi, semblait établi que Charlie devait recevoir une sédation profonde afin de ne pas souffrir de sa mort par suffocation. Or, transféré vers une maison de soins palliatifs (ses parents dans une autre voiture, flanqués de gardiens de sécurité !) Charlie a pu rester avec ses parents environ 5 heures. Ils l’ont promené dans le jardin dans une poussette (pouvaient-ils le faire à GOSH et sinon, pourquoi ?). Il a été réinstallé dans sa chambre. On est venu prévenir Chris et Connie que le respirateur allait être coupé 5 minutes plus tard. Et ce fut fait, sans pitié et malgré les larmes et les supplications de Connie, par une simple coupure de courant qui a stoppé le flux d’air pulsé dans les poumons de l’enfant.

De l'euthanasie de Charlie à l'eugénisme pour
ses futurs sœurs et frères


Sédaté, Charlie aurait-il « tenu » 12 minutes comme il l’a fait ? Son cœur n’était-il pas un muscle, affaibli par sa maladie ? Comment a-t-il pu ouvrir les yeux et regarder ses parents alors qu’on le disait sans conscience de son entourage (chose à laquelle ses parents n’ont jamais cru) ? Et s’il n’était pas sédaté, comment justifié la souffrance à laquelle Charlie a peut-être été soumis par ce geste somme toute brutal même s’il est mort de sa maladie ?

Ses parents ont pu malgré tout ramener le corps de leur enfant chez eux et le veiller, en attendant les funérailles qu’ils organisent.

On apprend, non sans effroi, que Chris et Connie espèrent avoir prochainement un nouveau bébé. Effroi, non pas parce que leurs patrimoines génétiques réunis risquent de susciter un nouveau tout-petit atteint par la maladie qui a emporté Charlie Gard. Mais parce qu’ils ont indiqué, tout en disant leur peine devant la mort de leur premier-né, qu’ils auront recours au diagnostic préimplantatoire pour leurs prochains bébés.

En clair : ils vont avoir recours à des fécondations in vitro permettant de « fabriquer » plusieurs embryons parmi lesquels on triera ceux qui sont porteurs ou non du défaut génétique dont était frappé Charlie Gard. On implantera un ou des embryons sains, les autres étant voués à la destruction.

C’est ce qui s’appelle l’eugénisme : l’élimination des non-conformes.

L’affaire Charlie Gard aura fini dans l’ambiguïté.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



03 août, 2017

Mgr Athanasius Schneider : L’interprétation de Vatican II et son rapport avec la crise actuelle de l’Eglise


Avec l'autorisation et l'aval de Mgr Athanasius Schneider de vous propose ma traduction de son récent texte sur la crise de l'Eglise et la nécessaire réflexion doctrinale à propos de Vatican II. Mgr Schneider a revu le texte français pour qu'il reflète exactement sa pensée, et je l'en remercie. Un texte à faire circuler largement. – J.S.

La situation de crise sans précédent où se trouve actuellement l’Eglise est comparable à la crise générale au IVe siècle, lorsque l’arianisme, ayant contaminé l’immense majorité de l’épiscopat, occupait une position dominante dans la vie de l’Eglise. Nous devons chercher à aborder cette situation avec réalisme, d’une part, et de l’autre, avec un esprit surnaturel – avec un profond amour de l’Eglise, notre mère, qui souffre la Passion du Christ en raison de cette confusion doctrinale, liturgique et pastorale formidable et généralisée.

Nous devons renouveler cette foi par laquelle nous croyons que l’Eglise est entre les mains très sûres du Christ, sachant qu'Il intervient toujours pour renouveler l’Eglise au moment où le navire de l’Eglise semble devoir couler, comme c’est évidemment le cas de nos jours.

En ce qui concerne l’attitude à l’égard du concile Vatican II, nous devons éviter deux extrêmes : le rejet complet (tel celui des sédévacantistes et d’une partie de la Fraternité Saint-Pie X, ou l’« infaillibilisation » de tout ce qui a été exprimé par le concile.

Vatican II était une assemblée légitime présidée par les papes et nous devons garder envers ce concile une attitude respectueuse. Néanmoins, cela ne signifie pas qu'il nous soit interdit d’exprimer des doutes bien fondés ou des suggestions respectueuses d’amélioration en ce qui concerne certains points spécifiques, en nous basant toujours sur l’ensemble de la Tradition et du Magistère constant de l’Eglise.

Les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère recouvrant une période de plusieurs siècles, ont préséance et constituent un critère de vérification par rapport à l’exactitude de déclarations magistérielles postérieures. Les nouvelles affirmations du Magistère doivent, en principe, être plus exactes et plus claires, et en aucun cas ambiguës et en contradiction apparente avec des affirmations magistérielles antérieures.

Les affirmations de Vatican II qui sont ambiguës doivent être lues et interprétées à la lumière des affirmations de la Tradition dans son ensemble et du Magistère constant de l’Eglise.

En cas de doute, les affirmations du Magistère constant (les conciles antérieurs et les documents des papes, dont le contenu est manifestement l’expression d’une tradition certaine et réitérée au cours des siècles dans le même sens) prévalent sur les affirmations objectivement ambiguës ou nouvelles de Vatican II, difficiles à accorder avec des affirmations spécifiques du Magistère antérieur constant (par exemple, le devoir de l'Etat de vénérer publiquement le Christ, Roi de toutes sociétés humaines, le sens véritable de la collégialité épiscopale par rapport à la primauté de Pierre et au gouvernement universel de l’église, la nocivité de toutes les religions non catholiques et le dangerosité qu’elles représentent pour le salut éternel des âmes).

Vatican II doit être considéré et reçu tel qu'il est, et tel qu’il était réellement : un concile avant tout pastoral. Ce concile n’avait pas pour intention de proposer des doctrines nouvelles ni de les proposer sous une forme définitive. Dans une grande partie de ses affirmations, le concile a confirmé la doctrine traditionnelle et constante de l’Eglise.

Parmi les nouvelles affirmations de Vatican II (par exemple, la collégialité, la liberté religieuse, le dialogue œcuménique et inter-religieux, l’attitude à l’égard du monde) certaines n’ont pas un caractère définitif, et comme elles se trouvent être en apparence ou en réalité en contradiction avec les affirmations traditionnelles et constantes du Magistère, elles doivent être complétées par des explications plus exactes et des suppléments plus précis, à caractère doctrinal. L’application aveugle du principe de l’« herméneutique de la continuité » n’est pas d’un réel secours puisqu’à travers celle-ci on fabrique des interprétations forcées qui ne sont pas convaincantes et qui n’aident pas à atteindre une compréhension plus claire des vérités immuables de la foi catholique et de leur application concrète.

Il y a eu des cas dans l’histoire où les affirmations non définitives de certains conciles œcuménique ont été par la suite – grâce à un débat théologique serein – précisées ou corrigées de manière tacite (par exemple, les affirmations du concile de Florence à propos de la matière du sacrement de l’ordre, à savoir que la matière serait constituée par la porrection des instruments, alors que la tradition plus sûre et constante affirmait que l’imposition des mains de l'évêque était suffisante, une vérité qui serait en fin de compte confirmée par Pie XII en 1947). Si après le concile de Florence les théologiens avaient aveuglément appliqué le principe de l’herméneutique de la continuité à cette affirmation concrète du concile de Florence (une affirmation objectivement erronée), en défendant la thèse selon laquelle la remise des instruments constituait la matière du sacrement de l'ordre était en accord avec le magistère constant, on ne serait probablement pas parvenu au consensus général des théologiens par rapport à la vérité qui affirme que seule l’imposition des mains de l’évêque constitue la matière réelle du sacrement de l’ordre.

Il est nécessaire de créer au sein de l’Eglise un climat serein de discussions doctrinales par rapport à celles des affirmations de Vatican II qui sont ambiguës ou qui ont été à l’origine d’interprétations erronées. Une telle discussion doctrinale n’a rien de scandaleux : au contraire, elle va contribuer à faire expliciter de manière plus sûre et complète le dépôt immuable de la foi de l’Eglise.

Il ne faut pas mettre à ce point l’accent sur un concile donné, qu’on en vienne à l’absolutiser et à le placer de fait sur le même pied que la parole de Dieu orale (la Tradition sacrée) ou écrite (l’Ecriture Sainte). Vatican II lui-même a très justement affirmé (cf. Dei Verbum, 10) que le Magistère (le pape, les conciles, le magistère ordinaire et universel) ne se situe pas au-dessus de la parole de Dieu mais en-dessous, lui étant subordonné: il est seulement son serviteur (serviteur de la Parole orale de Dieu, c’est-à-dire la Tradition sacrée, et de la Parole écrite de Dieu, c’est-à-dire l’Ecriture Sainte).

D’un point de vue objectif, les affirmations du Magistère (les papes et les conciles) qui ont un caractère définitif ont plus de valeur et de poids que les affirmations à caractère pastoral, dont la qualité est naturellement changeante et provisoire, sujette aux circonstances historiques ou apportant une réponse à des situations pastorales d’une période donnée, comme c’est le cas pour la plupart des affirmations de Vatican II.

L’apport original et précieux de Vatican II réside dans l’appel universel à la sainteté qui s’adresse à tous les membres de l’Eglise (chapitre 5 de Lumen Gentium), dans la doctrine relative au rôle central de Notre Dame dans la vie de l’Eglise (chapitre 8 of Lumen Gentium), dans l’importance du rôle des fidèles laïcs par rapport à la sauvegarde, la défense et la promotion de la foi catholique, et dans leur devoir d’évangéliser et de sanctifier les réalités temporelles conformément au sens pérenne de l’Eglise (chapitre 4 de Lumen Gentium), dans la primauté de l’adoration de Dieu dans la vie de l'Eglise et la célébration de la liturgie (Sacrosanctum Concilium n° 2 ; 5-10). Le reste peut être considéré jusqu’à un certain point comme secondaire, temporaire et sera, à l’avenir, probablement jugé oubliable, comme cela fut le cas pour certaines affirmations non définitives, pastorales et disciplinaires de divers conciles œcuméniques par le passé.

Les sujets suivants : Notre Dame, la sanctification par les laïcs de leur vie personnelle en même temps que la sanctification du monde selon le sens pérenne de l’Eglise, ainsi que la primauté de l’adoration de Dieu, sont les aspects les plus urgents qui doivent être vécus en notre temps. En cela Vatican II a un rôle prophétique qui, malheureusement, n’a pas encore été réalisé de manière satisfaisante.

Au lieu de vivre ces quatre aspects, une part considérable de la Nomenklatura théologique et administrative au sein de la vie de l’Eglise a promu au cours de ces cinquante dernières années, et continue de promouvoir des thèmes doctrinaux, pastoraux et liturgiques ambigus, altérant ainsi l’intention originelle du Concile ou en utilisant abusivement ses affirmations doctrinales moins claires, voire ambiguës, en vue de créer une autre Eglise – une Eglise de type relativiste ou protestant.
Nous vivons de nos jours l’aboutissement de ce développement.

Le problème de la crise actuelle de l’Eglise consiste en partie dans le fait que certaines affirmations de Vatican II qui sont objectivement ambiguës, ou ses rares affirmations qui peuvent difficilement s’accorder avec la tradition magistérielle constante de l’Eglise ont été « infaillibilisées ». C’est par ce moyen qu'on a bloqué le sain débat assorti d’une nécessaire correction implicite ou tacite.
En même temps, on a encouragé la fabrication d’affirmations théologiques contrastant avec la tradition pérenne (par exemple, en ce qui concerne la nouvelle théorie d’un double sujet suprême ordinaire du gouvernement de l’Eglise, c’est-à-dire le pape seul et le collège épiscopal tout entier ensemble avec le Pape ; la doctrine de la neutralité de l’Etat par rapport au culte public qu'il doit rendre au vrai Dieu, qui est Jésus-Christ et qui est aussi Roi de chaque société humaine et politique ; la relativisation de la vérité selon laquelle l’Eglise catholique est l’unique chemin du salut, voulu et ordonné par Dieu).

 Nous devons nous libérer des chaînes qui ont « absolutisé » et entièrement « infaillibilisé » Vatican II. Nous devons réclamer un climat de débat serein et respectueux, à partir de l’amour sincère pour l’Eglise et pour la foi immuable de l’Eglise.

Nous pouvons voir un signe positif dans le fait que le 2 août 2012, le pape Benoît XVI a écrit une préface au volume relatif à Vatican II dans l’édition de ses Opera Omnia. Dans cette préface, Benoît XVI exprime ses réserves par rapport à certains contenus spécifiques dans les documents Gaudium et spes et Nostra ætate. La teneur des paroles de Benoît XVI laisse voir que des défauts concrets au sein de certaines sections de ces documents ne sont pas susceptibles d’amélioration par « l’herméneutique de la continuité ».

Une FSSPX, canoniquement et pleinement intégrée dans la vie de l’Eglise, pourrait également apporter une précieuse contribution à ce débat – tout comme le souhaitait Mgr Marcel Lefebvre. La présence canonique plénière de la FSSPX dans la vie de l’Eglise en notre temps contribuerait également à créer le climat général d’un débat constructif, de telle sorte que ce qui a été cru toujours, partout et par tous les catholiques au cours de 2.000 ans puisse être cru de manière plus claire et plus sûre également aussi de nos jours, réalisant ainsi la véritable intention pastorale des Pères du concile Vatican II.

L'intention pastorale authentique vise le salut éternel des âmes – un salut qui ne sera réalisé que par la proclamation de la volonté tout entière de Dieu (cf. Actes 20: 27). L'ambiguïté dans la doctrine de la foi et dans son application concrète (dans la liturgie et dans la vie pastorale) constituerait une menace pour le salut éternel des âmes et serait par conséquent anti-pastoral, puisque la proclamation de la clarté et de l’intégrité de la foi catholique et de son application concrète fidèle constituent la volonté explicite de Dieu.

Seule l’obéissance parfaite à la volonté de Dieu – qui nous a révélée par le Christ, Verbe incarné, et par les Apôtres, la foi véritable, la foi interprétée et pratiquée de manière constante et dans le même sens par le Magistère de l’Eglise – amènera avec elle le salut des âmes.


+ Athanasius Schneider,
Evêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie d’Astana au Kazakhstan



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



16 juillet, 2017

Erratum dans mon article sur Schönborn et les Dubia


Chers lecteurs, la précipitation et un clavier défaillant ont fait que j'ai laissé passer quelques erreurs importantes dans mon article sur le cardinal Schönborn et les « Dubia ». Certaines nuisaient gravement au sens. Merci à ceux d'entre vous qui avez eu la bonté de me les signaler. Le texte amendé est par là.

Je me permets de vous resignaler aussi le beau texte du pape émérite Benoît XVI à l'occasion des funérailles du cardinal Meisner. Ce dernier faisait partie des signataires des Dubia à propos d'Amoris laetitia, cela n'est donc pas sans lien. Lire ma traduction ici.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



Le message de Benoît XVI pour les funérailles du cardinal Meisner, signataire des Dubia

Le cardinal Meisner et Benoît XVI, en une époque révolue
Lors des funérailles du cardinal Joachim Meisner le samedi 15 juillet à Cologne, un message de la main du pape François a été lu au cours de la cérémonie par le nonce apostolique en Allemagne, Mgr Nikola Eterović. Mais à la surprise générale, un deuxième message, émanant celui-là du pape émérite Benoît XVI, a été lu par le préfet de la maison pontificale et secrétaire particulier de Benoît XVI, Mgr Georg Gänswein. Cela a d'autant plus de poids que le cardinal Meisner  est l'un des quatre cardinaux qui ont présenté des Dubia au pape François à propos d'Amoris laetitia.

 Je vous propose ci-dessous ma traduction de ce message à la fois beau et émouvant, mais également riche  d'enseignement par les temps qui courent. Je vous laisse savourer ce texte – quel joie et quel plaisir intellectuel de traduire Benoît XVI ! – non sans vous signaler que le pape émérite évoque la foi profonde, la piété eucharistique, la vie de prière de ce cardinal qui a su comprendre « que le Seigneur n'abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l'eau qu'il est sur le point de chavirer ». Double leçon : notre pauvre Eglise semble au plus mal, mais Notre Seigneur Jésus-Christ ne l'abandonne point. Et un rappel : « L'Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l'esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. » Il semble vraiment très, très difficile de ne pas faire le lien entre ces déclarations et la confusion doctrinale du pontificat actuel. — J.S.


« En cette heure où l'Eglise de Cologne et les fidèles venus d'au-delà de ses frontières sont rassemblés pour dire à Dieu au cardinal Joachim Meisner, je suis avec vous par le cœur et la pensée, et, accomplissant avec joie le souhait du cardinal Woelki, je désire vous adresser un mot de souvenir. 
« Lorsque j'ai appris la mort du cardinal Meisner mercredi dernier, je n'ai pas voulu y croire. La veille nous avions parlé au téléphone. Sa gratitude à propos du fait qu'il avait pu prendre quelques vacances après avoir participé à la béatification de Mgr Teofilius Matulionis à Vilnius le dimanche précédent (le 25 juin) était évidente au son de sa voix.  L'amour de l'Eglise des pays voisins à l'Est, qui avaient souffert sous la persécution communiste, ainsi que la gratitude que lui inspirait la résistance aux souffrances à cette époque-là, avaient marqué toute sa vie. De telle sorte qu'il n'y a pas pas de coïncidence dans le fait qu'il aura rendu la dernière visite de sa vie à un Confesseur de la foi dans ces pays-là. 
« Ce qui m'a particulièrement impressionné au cours de cette dernière conversation avec le cardinal à la retraite, c'est la joie déliée, la joie intérieure, la confiance qu'il avait trouvées. Nous savons que ce berger, ce pasteur passionné a trouvé difficile de quitter son poste, spécialement à un moment où l'Eglise se trouve dans la nécessité urgente de disposer de bergers convaincants qui puissent résister à la dictature de l'esprit du temps et qui vivent et pensent la foi avec détermination. Cependant, cela m'a d'autant plus ému qu'au cours de cette dernière période de sa vie, il a appris à lâcher prise et à vivre toujours plus dans la certitude profonde que le Seigneur n'abandonne pas son Eglise, même lorsque parfois le navire a tant pris l'eau qu'il est sur le point de chavirer. 
« Deux choses, dernièrement, lui ont donné toujours plus de joie et de confiance.
« 1.  D'abord, il m'a toujours redit la joie profonde qui le remplit à travers l'expérience du sacrement de pénitence lorsque des jeunes, surtout de jeunes hommes, vivent la grâce du pardon – ce don d'avoir véritablement trouvé la vie que seul Dieu peut leur donner. 
« 2. La deuxième chose qui l'a toujours touché et qui l'a toujours rempli de joie, ce sont les progrès discrets de l'adoration eucharistique. Lors des JMJ de Cologne cela avait constitué pour lui un point central – qu'il y eût une adoration, un silence où le Seigneur seul puisse parler au cœur. Certains experts en pastorale et en liturgie avaient pensé qu'un tel silence dans la contemplation du Seigneur ne peut s'obtenir avec une telle masse de gens. Certains étaient également d'avis que l'adoration eucharistique est en tant que telle dépassée, puisque le Seigneur veut être reçu dans le Pain eucharistique, et qu'Il ne veut pas être simplement regardé. Mais ce Pain ne peut être mangé comme un aliment quelconque ; « recevoir » le Seigneur dans le sacrement eucharistique requiert toutes les dimensions de notre existence – la réception doit être adoration : tout cela est désormais tout de même devenu très clair. Ainsi le temps d'adoration eucharistique lors des JMJ de Cologne est devenu un événement très intérieur qui n'est pas devenu inoubliable pour le seul cardinal. Ce moment lui est toujours resté présent intérieurement et a été pour lui une grande lumière. 
« Lorsque le cardinal Meisner, au dernier matin de sa vie, n'a pas paru à l'heure de célébrer la messe, on l'a trouvé mort dans sa chambre. Son bréviaire avait glissé de ses mains :  il est mort en priant, son regard tourné vers le Seigneur, en conversation avec le Seigneur. La nature de la mort qu'il lui a été donné de vivre redit encore une fois comment il a vécu : le regard tourné vers le Seigneur, et en conversation avec lui. Ainsi nous osons sans crainte confier son âme au bon Dieu. Seigneur, nous vous remercions pour le témoignage de votre serviteur Joachim. Permettez-lui d'être désormais un intercesseur pour l'Eglise de Cologne et pour l'ensemble de la terre ! Requiescat in pace ! »
 Benoît XVI
ADDENDUM : Le site benoit-et-moi propose également une traduction vers le français, visible ici,
et ajoute ce commentaire intéressant sur les omissions manifestement délibérées sur le site Il Sismographo :

« Un point qui mérite être souligné, car il confirme que les passages cités sont bel et bien dérangeants, c’est que « La voix de Sainte-Marthe », alias Il Sismografo, qui ne peut évidemment pas faire autrement que rendre compte du message de Benoît XVI, les censure purement et simplement. Le premier est carrément passé sous silence, et le second se limite à une allusion à la «joie intérieure [du cardinal Meisner] et sa confiance dans le Seigneur qui, disait-il, n’abandonnerait jamais son Eglise, même dans les heures les plus difficiles. » 
Benoit-et-moi commente également les allégations de faux auxquelles Marco Tosatti a répondu avec une joyeuse ironie (à lire ici).


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



15 juillet, 2017

La réponse aux Dubia : le cardinal Schönborn a-t-il validé la communion pour les divorcés remariés



Le jeudi 13 juillet, le cardinal Christoph Schönborn a donné une conférence à Dublin dans le cadre des activités de préparation de la Rencontre mondiale des familles organisée par l'Eglise catholique en Irlande en 2018. A cette occasion, il s'est permis – à la place du pape ?, en tant que porte-parole du pape ? – de donner sa réponse aux cinq Dubia soumis par les quatre cardinaux (Brandmüller, Burke, Caffarra et feu le cardinal Meisner) au pape François. C'est en tout cas ce qu'affirme Greg Daly du quotidien The Irish Catholic qui a tweeté, pendant que la conférence se déroulait : « A propos des Dubia, le cardinal Schönborn dit que l'on peut répondre “oui” à toutes les questions. Il a même dit qu'il l'a affirmé à l'un des cardinaux des Dubia. » Etant donné que l'une de ces questions portait sur le fait de savoir si un divorcé remarié n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité de son mariage pouvait accéder en certaines circonstances à la communion, cette réponse positive confirme l'interprétation littérale d'Amoris laetitia qui  l'affirme de manière sournoise mais nette dans une note de bas de page.


Ce tweet, qui correspond manifestement à des notes prises au vol au cours de la conférence par le journaliste, n'a pas été démenti à ma connaissance à l'heure d'écrire ces lignes, ni par son auteur, ni par le cardinal.

La réponse aux Dubia suscités par l'exhortation post-synodale est attendue du pape François lui-même. Il semble tout à fait décidé à ne pas la donner, mais il n'a pas fait mystère  du fait que le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, est son porte-parole privilégié en la matière ; il a déjà renvoyé des journalistes qui posaient des questions sur Amoris laetitia aux écrits de Schönborn.

Les cinq questions (in extenso ici) peuvent être résumées ainsi :

1. Les personnes vivant dans un état d’adultère habituel peuvent-elles recevoir la sainte communion ? 
2. Existe-t-il des normes morales absolues qu'il faut respecter « sans exception » ? 
3. Est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ? 
4. L'enseignement suivant est-il encore valide, selon lequel, quel que soit le degré d'atténuation de culpabilité d'un individu du fait des circonstances, les dites circonstances ne peuvent transformer un acte intrinsèquement mauvais en un acte subjectivement bon
5.  L'enseignement de l'Église selon lequel en appeler à la conscience ne peut pas surmonter les normes morales absolues est-il toujours vrai ? ?

En bonne doctrine, elles attendent cinq réponses : dans l'ordre, non, oui, oui, oui et oui.

Comme le note Steve Skojec de OnePeterFive, les questions – sous cette forme condensée – sont tellement simples  qu'il ne faudrait pas plus de 30 secondes au pape François pour y apporter une réponse conforme à l'enseignement de l'Eglise (il pourrait même, ironise le journaliste, les donner depuis la cabine pressurisée d'un avion, environnement qui à l'évidence, « stimule la loquacité du pape »).

Mais s'il faut en croire Greg Daly, le cardinal Schönborn répond « oui » à cette première question, dont voici la retranscription complète, telle qu'elle a été posée dans les Dubia :

« 1.    Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans Amoris lætitia aux n. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit more uxorio avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par Familiaris consortio au n. 84 et réaffirmées ensuite par Reconciliatio et pænitentia au n. 34 et par Sacramentum caritatis au n. 29. L’expression “dans certains cas de la note 351 (n. 305) de l’exhortation Amoris lætitia peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre more uxorio ? »

Le « oui » du cardial Schönborn rend incohérentes les réponses subséquentes. Si l'on répond « oui » aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième questions, la première ne peut en toute logique recevoir une réponse positive. Si l'on ouvre la porte à la communion des divorcés « remariés » qui continueraient de vivre dans l'adultère, n'ayant pas obtenu de déclaration de nullité pour tout mariage antérieur, le détricotage de la doctrine est tel qu'il faut bien dès lors affirmer qu'il existe des actes intrinsèquement mauvais, des « normes morales absolues, obligatoires sans exception » comme celles concernant le mariage qui ne sont plus considérées comme telles. Répondre « non » à la première question revient encore à interdire de dire de manière systématique qu'« une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel ».

Même chose pour la validité de l'enseignement de Veritatis splendor qui affirme : « Les circonstances ou les intentions ne pourront jamais transformer un acte intrinsèquement malhonnête de par son objet en un acte subjectivement honnête ou défendable comme choix », car dire possible l'accès de la communion à des divorcés remariés s'appuie précisément sur des conditions de circonstance ou d'intention. Le raisonnement est le même pour la cinquième question.

Avec Amoris laetitia, c'est bien le principe d'identité qui prend un coup que les adversaires de la vérité voudraient mortel puisque que les interprétations reviennent à dire que deux choses contradictoires peuvent être vraies en même temps et sous le même rapport, comme le démontre abondamment la réponse du cardinal Schönborn : les cinq « oui » sont impossibles en même temps (en vérité, les quatre questions qui suivent le premier des Dubia ne font que dérouler sous forme interrogative les conséquences logiques d'un premier « oui ») mais cela ne semble déranger personne parmi les partisans d'une « pastorale » déconnectée de la doctrine.

D'après l'article de Greg Daly, le cardinal Schönborn est allé au delà de ces remarques en soi contraires à l'enseignement traditionnel de l'Eglise. Il le cite comme ayant déclaré  que l'Eglise catholique fait tout ce qu'elle peut pour renforcer la famille, y compris des familles souvent considérées comme non traditionnelles. « Favoriser la famille ne signifie pas de défavoriser d'autres formes de vie – même les personnes vivant au sein d'un partenariat de même sexe ont besoin de leurs familles », a-t-il déclaré de manière assez ambiguë, car s'il ne fait pas de doute que chaque personne s'insère dans une famille par la filiation et en a besoin,  cela laisse sous-entendre que la « famille » homosexuelle remplirait ce rôle.

Le cardinal Schönborn a soutenu que le nombre des « dénommées situations irrégulières » (l'expression est de Greg Daly mais figure plusieurs fois dans Amoris laetitia)  a énormément augmenté en raison des « grands changements du cadre de la société » : alors que chacun peut se marier, « ils sont très nombreux à choisir de ne pas le faire ». Et d'ajouter : « Mais n'oublions pas que le mariage, tel que nous l'avons aujourd'hui, est un privilège qui était assez rare au cours des siècles passés, où un tiers au plus de la population pouvait se marier. » Le cardinal a rappelé la situation dans ce qu'on appelle aujourd'hui la République tchèque, au temps de l'empire autrichien, où les servants et servantes n'avaient pas le droit de se marier. Mais il faudrait ajouter, si la chose est vraie, qu'il ne s'agit pas là d'une loi de l'Eglise mais d'un abus de pouvoir qui méconnaît les droits fondamentaux de l'être humain.

La conclusion que Schönborn en tire est de ce fait sans objet : « Amoris laetitia vous dit que le mariage et la famille sont possibles aujourd'hui », comme s'ils ne l'étaient pas jadis et ce en raison de la rigueur de la loi de l'Eglise. Selon lui – rapporte Daly –, la réception de l'exhortation doit se faire au terme d'un long processus à travers des négociations et des discussions.

Le cardinal Schönborn en a profité pour décocher une flèche en direction des cardinaux des Dubia, qu'il a accusés de manière vive (voir ici sur le site du Catholic Herald), alors que le cardinal Meiser, mort au début du mois, n'étais pas encore enterré. « Que des cardinaux, qui devraient être les plus proches collaborateurs du pape, tentent de lui mettre la pression et de l'obliger à faire une réponse publique à leur lettre largement diffusée constitue un comportement absolument inconvenant », a-t-il dit selon Greg Daly. Schönborn a précisé lors d'une rencontre avec la presse : «  Je crains ceux qui ont des réponses rapides et claires en politique et en économie, mais aussi en religion. Les rigoristes et les laxistes ont des réponses claires et rapides, mais ils oublient de regarder la vie. Le rigoriste évite l'effort du discernement, de regarder la réalité de près. Le laxiste laisse filer tout ce qu'il peut, il n'y a pas de discernement. Ils sont les mêmes, mais à l'opposé. » Blanc et noir se rejoignent dans la pensée moderne !

Evoquant devant les journalistes le chapitre 8 d'Amoris laetitia, à propos des divorcés « remariés », le cardinal Schönborn a dénoncé la manière d'aborder le sujet : « Le plus souvent, le sujet est réduit à une seule question : “Peuvent-ils recevoir la communion ? Oui ou non !”  Le pape François a dit : “C'est un piège !” En se focalisant sur cette seule question l'objet principal d'Amoris laetitia est oublié : regardez de près et discernez. »

A propos de ce «  discernement pastoral »,  le cardinal a déclaré que, au vu de l'immense diversité des situations qui peuvent  exister pour des couples rencontrant des difficultés, « il est compréhensible qu'on ne puisse attendre ni du synode ni de cette Exhortation qu'ils apportent une nouvelle série de règles générales, canoniques par nature et applicables à tous les cas ».

Cette réponse, qui rejette l'existence de la norme absolue ou à tout le moins son applicabilité à chacun, est parfaitement cohérente avec les cinq « oui » attribués au cardinal.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner





© leblogdejeannesmits



07 juillet, 2017

Le pape François envisagerait-il d’abolir Summorum Pontificum ?

Belgicatho a mis en ligne un article de Nicolas Senèze dans La Croix, où le journaliste, peu suspect de sympathie à l'égard de la mouvance traditionnelle, envisage l'idée de l'abolition de Summorum Pontificum, 10 ans jour pour jour après sa publication par Benoît XVI. Le texte complet est ici sur Belgicatho.

Ballon d'essai des « anti » ou réelle information glanée dans l'entourage du pape, il est trop tôt pour le dire.

Nicolas Senèze cite en tout cas nommément le théologien Andrea Grillo qui déclare, à propos de Summorum Pontificum, que le motu proprio avait mis « les évêques en difficulté » en raison de la « lecture très large » du texte par Ecclesia Dei (rappel : le problème venait plutôt de la lecture très étroite faite par de nombreux évêques allant contre la lettre du texte).

« En introduisant un choix subjectif du rite par le prêtre, le motu proprio a fragilisé l’unité liturgique de l’Église et créé parfois des Églises parallèles jusque dans les paroisses. C’est une rupture de la tradition », estime Grillo, cité par Senèze, qui le qualifie de « proche du pape ». Oui, il a osé parler d'une « rupture de la tradition » – quel cynisme.

Senèze rappelle alors les nombreuses piques lancées par le pape François contre ceux qui préfèrent la messe traditionnelle, et les tenants de la « réforme de la réforme ».
Selon Andrea Grillo, François envisagerait même, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle offerte à la FSSPX. « Mais il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie », prévient-il aussitôt.Puis vient le nœud de son papier :

« Selon Andrea Grillo, François envisagerait même, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle offerte à la FSSPX. “Mais il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie”, prévient-il aussitôt. »

Ainsi donc, la menace est celle-ci : dès l'accord avec la Fraternité Saint Pie X, il serait théoriquement envisageable de remettre en place un interdit de fait ou de droit sur la célébration de la messe traditionnelle, tous ceux souhaitant la célébrer ou y assister devant se mettre sous l'autorité de la FSSPX.

Quid des instituts, monastères, paroisses personnelles, toutes ces entités tout à fait distinctes de la FSSPX; existant avant elle ou créées depuis sa fondation et qui, pour nombre d'entre elles, s'en sont même détachées par souci d'obéissance lors des sacres en 1988 ?  Quid des institutions dont la célébration de la messe dans la forme extraordinaire fait partie de leurs élément constitutifs ?

Bien sûr, rien n'est fait. Et tout est au conditionnel. Mais venant de la plume de Nicolas Senèze,  la mise au jour de cette hypothèse constitue pour le moins la preuve qu'il existe des pressions en ce sens. Presqu'une feuille de route. D'autant qu'elle donne des modalités pratiques pour la mise au rebut du motu proprio, pour laquelle il suffit d'attendre – pour ne pas dire espérer – la mort de Benoît XVI.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

J'écris quasi quotidiennement pour Reinformation.tv.  Pour recevoir chaque jour la liste des dernières publications sur ce site, je vous invite à vous y abonner :  c'est par là.


 S'abonner à un flux



© leblogdejeannesmits



 
[]